jeudi 23 février 2017

Métalleuse.

Oui je sais j'écris une fois tous les 23 matins, autrement dit pratiquement jamais. Mais aujourd'hui j'avais envie de faire une déclaration d'amour.

Une déclaration d'amour au metal.

Parce que je suis née dans le metal finalement, avec un papa qui m'a fait grandir avec Metallica, Iron Maiden, Opeth et Nightwish.
Parce que je suis le cliché de la fille qui le matin avant d'aller au lycée, s'habille tout en noir, enfile son bracelet de force et ses Docs et écoute "Harvester of Sorrow" pour se sentir puissante.
Parce qu'écouter du Helloween m'aide à m'endormir.
Parce que je ne me sens jamais aussi heureuse que dans un concert de metal.
Parce que quand je croise quelqu'un avec un t shirt d'un groupe que j'aime bien j'ai l'impression que même si on ne se connait pas on fait un peu partie de la même famille et ça m'inspire confiance.
Parce qu'à mes yeux il n'y a rien de plus beau qu'un musicien aux cheveux longs.
Parce que c'est un milieu majoritairement masculin. 
Parce qu'en soirée il m'arrive souvent de rester assise sans parler à personne mais dès que j'entends un riff heavy je me lève pour headbanger (et ensuite j'ai mal aux cervicales).
Parce que le metal c'est doux comme un chaton tout en te faisant dégobiller tes tripes.
Parce que la fois où j'ai été dans un concert d'autre chose que du metal j'avais l'impression d'être entourée d'étrangers et je ne savais pas quoi faire de mon corps alors qu'à un concert normal je suis entourée de mes semblables et je saute sur place en agrippant mon voisin aux épaules tandis qu'on balance en rythme nos chevelures.
Parce que dans le metal je me sens chez moi, même si ok j'écoute presque seulement du pagan et du symphonic metal.
Parce que Orphaned Land, Nightwish, Therion, Eluveitie, Metallica, et plein d'autres, c'est quand même de la sacrément bonne musique.
Parce que ça me donne une bonne excuse pour faire un pèlerinage en Finlande.


Le metal je t'aime.
Les metalleux.ses je vous aime.

Si toi aussi tu es metalleux.se dis moi ton histoire avec le metal et ce que tu aimes et je te fais des câlins.

mercredi 28 décembre 2016

serial monogamer

Il va falloir qu'on m'explique.
On vit dans une société de "serial monogamer" ou de monogamie en série. C'est à dire qu'on aime une personne à la fois, les unes après les autres. Et quand on aime une personne et que c'est réciproque, on se met forcément en couple, et on couche forcément ensemble. Et réciproquement : si on est en couple ou qu'on couche ensemble alors on est forcément amoureux. Voilà le seul modèle accepté.

Il n'y a que moi que ça choque ?

Je veux dire. Il est très bien ce modèle. Il convient à beaucoup de monde, une majorité, même. Moi même il me convient plutôt bien. Mais pourquoi l'imposer à tous ?

Être en couple, en soi, c'est juste construire un projet de vie commun. Pourquoi ce serait forcément à deux, et pas à trois ou quatre ? Pourquoi il faudrait forcément être amoureux et coucher ensemble ? Pourquoi un couple de personnes aromantiques/asexuelles par exemple, amies et qui souhaite passer leur vie ensemble, vivre ensemble, pourquoi pas avoir des enfants ensemble, sans pour autant ressentir de l'amour romantique ou du désir sexuel, ne serait-il pas valable ?

Être amoureux, c'est quoi ? Vaste question, et je me retrouve en fait dans l'impossibilité d'y répondre, tellement ça dépend des personnes concernées. Mais puisque c'est justement si variable : pourquoi imposer un modèle unique ? On peut être amoureux sans vouloir être en couple et coucher ensemble, on peut être amoureux de plusieurs personnes, on peut être amoureux d'une seule personne pour toute sa vie...

Coucher avec quelqu'un, c'est quoi ? Au risque de me répéter : ça dépend énormément des personnes impliquées. Ca peut être tout simplement un moyen corporel de se faire plaisir à plusieurs, comme du sport ou de la bouffe en mieux. Et oui, ça paraît choquant à certains, mais après tout : pourquoi pas ? Si tout le monde est consentant, que la dignité humaine est respectée et que personne n'en ressort traumatisé : qu'y aurait-il d'intrinsèquement mauvais à ce comportement ? Ca peut être un moment intense de partage et de communion avec quelqu'un sans qu'il y ait nécessairement d'amour romantique. Et évidemment ça peut aussi être "faire l'amour", autrement dit l'apogée d'une relation amoureuse.

Et même tout ce qui est marques sensuelles de tendresse. C'est-à-dire : étreintes, caresses, baiser. Pourquoi est-ce que ce serait mal d'avoir ce genre de désir sensuel avec quelqu'un, sans pour autant avoir de désir sexuel ?


J'ai besoin de comprendre pourquoi le dogme amoureux, sinon j'ai beaucoup trop l'impression que l'amour est en fait régi par des règles arbitraires, ou pire, au service du grand méchant patriarcat, et je trouve ça terrible.

mercredi 21 décembre 2016

Prendre parti

Chaque jour les médias nous rapportent des nouvelles des conflits au loin ou de la courbe du chômage. Nouvelles biaisées, nouvelles faussées, nouvelles cachées. Et nous, petits civils pions de ce grand jeu (géo)politique, on les lit, les écoute, les regarde. On choisit quel média nous paraît le plus juste, quel point de vue on choisit d'écouter ; ou alors on se contente du journal de 20h ou même de vagues échos sur les réseaux sociaux, selon chacun.

Et après ça les petits rouages de notre cerveau s'associent les uns aux autres et en nous se forme une opinion. Nous sommes Charlie : après tout on devrait bien pouvoir dire ce que l'on veut. Les russes, quelles horribles choses ils font en Syrie ! Mais quel idiot peut donc bien voter pour Trump ?

On prend parti. Tout le monde prend parti. Sur ce qui nous concerne ou pas, sur quelque chose sur laquelle on peut avoir une influence ou pas, sur des concepts ou des actes ou même des êtres humains. On prend parti sur le sort de nos semblables. Parce que oui, même le réfugié arabe, c'est ton semblable.


Je vais te poser une question simple.
Pourquoi ?


Est ce que tu t'es assez renseigné pour être apte à juger de manière raisonnable ? Est ce que tu te bases sur des informations véridiques et fiables ? Est ce que cette opinion ainsi formée aura une influence sur tes actes et sur le monde ?


Je vais te dire : si la réponse à ces questions est non, j'estime qu'on n'a pas à prendre parti. Qu'on n'a pas à réagir à chaud parce que voyons, il faut bien penser quelque chose de l'actualité. Qu'on devrait admettre qu'on n'a parfois pas assez de compétence pour être apte à décider ce qui est le mieux.

Je me souviens, lors du référendum en Écosse pour décider s'ils étaient in ou out du Royaume-Uni. J'étais en cours d'anglais européen, ce cours qui doit te faire pratiquer la langue tout en t'ouvrant à des problématiques liées à l'Union Européenne. Le professeur me pointe du doigt, m'interroge, me demande : et moi, qu'en pensai-je ? Que devraient voter les écossais ? Je lui répond que je n'en sais rien. Après tout : je ne m'intéresse pas particulièrement à cette question qui ne me semble avoir que peu d'impact sur mon quotidien, par conséquent je me suis peu informée sur le sujet et n'ai pas pris plus d'une quinzaine de minutes pour y réfléchir ; et puis, qui suis-je pour décider de ce que les écossais devraient faire ? Ne peuvent-ils pas décider pour eux même ? Le meilleur choix n'est-il pas celui voulu par le peuple ?

Le conflit en Syrie, ça me préoccupe, lorsque j'ai assez de force pour ne pas m'écrouler en pleurant, parfois je lis des articles, des témoignages. Et même les témoignages venant de personnes sur place sont contradictoires car ils proviennent de personnes qui font partie d'un camp et prennent parti contre l'autre.
Moi je ne veux pas prendre parti. Je ne sais pas quelle est la meilleure solution ou plutôt devrais-je dire la moins pire. Je ne veux pas voir les méchants d'un côté et les gentils de l'autre. Et surtout je n'en ai pas besoin. D'une part parce que je n'agis en rien par rapport en conflit, d'autre part parce que même si je le faisais, il y a des associations humanitaires qui justement ne sont pas censées prendre parti.
Je ne vois pas des forces opposées dans un conflit géopolitiques dans lequel il faudrait choisir une de ces forces.
JE VOIS DES HOMMES QUI MEURENT ET FUIENT LEURS PAYS, ET J'EN VOIS D'AUTRES SE RÉJOUIR DE BOMBARDEMENTS ET D'OPÉRATIONS ARMÉES, PARCE QU'ILS PRENNENT PARTI.

Par pitié : si tu n'as pas besoin d'une opinion pour t'engager dans une quelconque cause, ou que tu n'es pas apte à juger. Cesse de prendre parti. Surtout quand ça transforme des vies humaines en pions dans un jeu (géo)politiques.

samedi 17 décembre 2016

Résistance à la raison

Je suis quelqu'un qui a l'esprit logique. De plus j'ai énormément de place à me mettre à la place des autres. Par conséquent, je suis incapable de comprendre ceux qui refusent de raisonner de manière logique et raisonnable.

Quand on débat et qu'on argumente, on essaye généralement autant que possible d'utiliser des arguments indiscutables, basés soit sur une démonstration solide soit sur des faits véridiques et prouvés.

Et là où je bloque et deviens inapte au débat, c'est lorsque je parle à des gens qui n'acceptent pas ces arguments pourtant indiscutables. Je leur présente des faits, ils répondent que ce n'est que mon opinion. Je leur fait une démonstration logique, il se contentent de me rétorquer qu'ils ne sont pas d'accord.

Est ce que je donne des exemples ? Il y en aurait tellement. Au pif : voilà pourquoi je ne comprend pas le délire des créationnistes, des négationnistes, et de tous ceux qui croient savoir mieux que toi ce que tu es.


Bon. Jusqu'ici, ça n'est pas trop problématique en soi, juste extrêmement frustrant pour tous ceux qui réfléchissent comme moi. Là où ça m'embête, c'est que ces raisonnements sans fondement ont tendance à m'agacer grandement, voire m'énerver ; je deviens donc agacée et énervée dans le débat. Donc je n'arrive plus à argumenter correctement ni à me faire entendre. Ni même à réellement écouter mon interlocuteur et distinguer les propos intelligents de ce qui s'oppose à la réalité pure et simple. Et c'est le contraire de ce que je veux.

Et toi, est ce que tu rationalises comme moi ? Comment tu réagis face à des gens qui n'entendent ni la logique ni les faits ? Tu peux m'aider à garder mon sang-froid ?

mercredi 14 décembre 2016

Les langues qui chantent dans mon coeur

Il n'y a pas longtemps, Bettallumette elle a fait un article sur les langues. Et d'une part je l'ai trouvé très beau et bien écrit et intéressant, d'autre part j'adore les langues. Alors ceci est ma participation à l'amour des langues.

Tiphaine elle nous parle du polonais duquel elle est amoureuse et de toutes les langues qu'elle parle/a parlé/apprend (dont celle-ci).
Sauf que la langue pour moi ce n'est pas juste un apprentissage, un discours. C'est surtout toute une musique, un phrasé, un rythme, des sonorités, des consonnes imprononçables ou chuintantes, de la douceur et de la précision. Une langue c'est une façon unique de parler le monde.

Je suis musicienne et la musique de la langue ça m'enchante.


Il y a la musique du français parce que je suis née avec. Une partition que je connais tant et si bien qu'elle me parait dénuée de tout caractère, parfois. C'est l'intuitif, ce qui vient tellement naturellement qu'on ne le remarque même pas. Sauf au moment où on tourne et retourne un mot dans sa bouche jusqu'à ce qu'il soit dénué de son sens et qu'il ne reste plus que la coquille du son qui se heurte aux dents. Sauf au moment où ça devient de la poésie et que Boris Vian et Paul Eluard s'en emparent pour lui faire dire ce qu'elle ne disait pas. Sauf au moment où Keny Arkana le martèle.

Il y a la musique du breton parce que j'ai grandi avec. Les phrases dans lesquels on peut choisir l'ordre des mots, et ça voudra dire quelque chose de différent. Les noms de villages qui commencent par Ker, de ville qui commencent par Plou et finissent par en. Les sonorités que seuls ceux qui le parlent apprécient et savourent. Il y a les fest noz, et même si c'est kitsch, j'aime bien. La musique traditionnelle inscrite en filigrane dans les tympans.

Il y a la musique de l'anglais parce que j'aime cette langue d'amour. C'est la seule autre langue que le français dans laquelle j'arrive à penser aussi, même si je pense avec plein de fautes. C'est la langue qui rend le monde entier accessible. C'est du miel, c'est coulant, c'est fluide et souple l'anglais. C'est tout bleu gris sombre. Ça fait des vagues. Et puis c'est la langue de Thoreau de Woolf de Xavier Rudd de Wes Anderson et de tas d'autres personnes qui en font de la musique géniale. Parce que oui : à mes oreilles, l'anglais et une dans langues les plus chantantes qui soit.

Il y a la musique de l'italien qui me rappelle Amantea et la famille et les vacances. C'est la musique du soleil, mais pas n'importe lequel, le soleil de la méditerranée qui pèse sur les âmes. L'italien c'est un peu comme la musique irlandaise dans ma tête, il y a quelque chose d'extrêmement joyeux et quelque chose mélancolique d'extrêmement triste qui se mélangent harmonieusement. L'italien c'est la musique de Figli di Madre Ignota et de Modena City Ramblers.

Il y a la musique de l'hébreu et la solennité qu'il apporte avec lui, cette gravité qui semble venir du fond des âges. Dans toutes ces saccades il y a les grains du désert et le flux de la rivière. L'hébreu ça parle tellement à mon coeur, c'est si beau l'hébreu. L'hébreu il m'emporte loin quand j'écoute Orphaned Land.

Il y a la musique de l'arabe et son hermétisme. C'est imprononçable, c'est incompréhensible, c'est une culture tellement lointaine. Et pourtant l'arabe m'appelle. J'ai essayé d'apprendre l'arabe un court temps, je ne pouvais rien lire rien dire j'ai arrêté, j'aimerais m'y remettre. Je pensais que l'arabe ce serait le paragraphe où j'aurais le plus à dire et au final je me retrouve sans mots, parce que l'arabe ça fait écho à quelque chose d'intime en moi peut-être. L'arabe c'est 28 consonnes et des quarts de ton, autrement dit des sons que tu n'imagine même pas exister si tu ne les entends pas. L'arabe il me fait pleurer quand j'écoute Joujma ou des chants coraniques.

Il y a la musique du japonais, aaah le japonais si particulier. Toutes les langues sont uniques mais mon esprit lui décerne la palme de la particularité. Le japonais c'est beaucoup plus que des sons qui paraîtront caricaturaux mais magnifiques quoi qu'il arrive, c'est une façon de parler qui ne ressemble en rien à ce qu'on connait en Europe. Essayez donc de parler avec l'intonation japonaise, vous verrez comme c'est bizarre. Il y a ces exclamations étonnantes, ce mystère. Le japonais c'est un conte, comme dans les Ghibli ou dans la voix de Kokia.

Il y a la musique du russe, qui réchaufferait n'importe qui en Sibérie. Dans mes oreilles c'est une langue toute chaude, c'est une langue de danse avec plein de gens qui te sont proches, c'est un rappel à la simplicité. C'est une musique qui te prend par le bras et qui t'entraîne. C'est la musique d'Arkona. Il y a aussi le géorgien et je le met dans le même paragraphe parce que mon oreille n'est pas assez formée et habituée à ces langues pour ne pas les mettre dans un grand bol commun. Le géorgien il fait sourire avec le trio Mandili.

Il y la musique du roumain qui, malgré que je ne connaisse rien à cette culture et à cette langue, rappelle la maison. Quand je l'entend je me sens bien, apaisée. C'est la musique de Shantel.

Il y a la musique du turc, qui fait onduler les hanches, qui donne envie de thé à la menthe et qui a un goût un peu douceâtre et écoeurant mais tellement doux que tu en veux encore. C'est la musique d'Erkin Koray.

Il y a la musique de l'allemand, et selon qui le parle ça peut être complètement rêche ou une légère caresse. Pour preuve, c'est la musique de Rammstein et aussi de Faun.

Il y a la musique de l'espagnol, que j'ai appris au lycée et qui garde toujours pour moi un peu ce goût de contrainte et de laideur. L'espagnol ça ressemble à l'italien et pourtant dans les sonorités c'est l'anti italien. L'espagnol c'est la musique de Crisalida et de Shakira.

Il y a la musique du finlandais qui ressemble à la langue des elfes. C'est cristallin, tu ne sais pas d'où ça vient, on dirait de la magie. Les r roulent et les j se font y et ça n'a rien de commun avec les autres langues scandinaves c'est tellement plus beau. C'est la musique neigeuse de Nightwish et viking de Ensiferum.

Et puis il y a aussi la musique de l'hindi du chinois du grec du suédois du mongol du helvète du coréen et d'autres langues aux consonances africaines dont je ne connais même pas le nom qui font rarement mais significativement leur apparition de temps en temps dans mon cerveau.



J'ai souvent l'impression que quand on demande aux gens quelle musique il écoutent, beaucoup répondent "de tout". Mais j'ai surtout le sentiment que pour eux, "tout" c'est "tout ce qui est occidental", voire encore plus restreint. Leur "tout" ça peut être énormément de styles différents, mais pourtant inscrits dans une même culture et avec quelques langues seulement. Et pourtant rien que la musique des mots et de l'intonation et du rythme des phrases c'est beaucoup.

Bref, même si finalement je ne parle que peu de langues, je vis avec plein de langues dans mon cerveau et je trouve ça cool.


Et toi avec quelle langue tu vis en bruit de fond ? Tu peux me faire découvrir des musiques avec ces langues qu'on n'écoute pas souvent par ici en France ?

jeudi 1 décembre 2016

C'est dans la tête

Oh, merci de m'apprendre que l'angoisse c'est dans ma tête et pas dans mes jambes. Je me sens beaucoup mieux maintenant que je sais ça.

C'est dans la tête.

Ah oui, maintenant que tu le dis, c'est juste dans la tête, ça existe pas. Dingue, tout d'un coup je n'angoisse plus.

C'est dans la tête.

Ah bah oui évidemment, ce qu'il y a dans la tête n'influence pas notre vie et ne peux pas nous handicaper. Suis-je bête.

C'est dans la tête.

Génial, je peux donc en faire ce que je veux !



Non mais, sérieusement. Quand on dit ça, à quoi on pense au juste ? Où on veut en venir ?
Bannissez cette phrase de votre bouche. Elle fait jamais du bien.
C'est dans la tête mais c'est réel.

vendredi 22 juillet 2016

Les cheveux bleus sauvent la vie

" Folie ! "

Ô que c'est laid. Ô que ça heurte l'oeil.





Cette fille est là, assise sur sa chaise stricte. Une tâche d'encre orne son majeur, près de son ongle rongé. Sa plume gratte le papier ; en cours elle copie, chez elle elle écrit. Elle étudie consciencieusement, l'intelligence et la volonté durcissent son oeil que la fatigue a éprouvé.

Vraiment, elle fait de son mieux. Elle travaille. Elle a ses imperfections, mais ni plus ni moins que n'importe quel autre étudiant dans la salle. Elle a ses propres caractéristiques qui la rendent unique. Elle a une force et une beauté intérieure que rien n'égale.


Mais soudain, elle sort, elle sort dans la rue, dans la rue pleine de passants, pleine de passants qui ne la voient pas, dans la rue engloutie par le seul passant qui la voit. Et ce seul passant qui la voie, pourquoi la voit-il ? Que voit-il d'elle ?

Il ne voit pas ses heures de tourmente ; penchée sur le papier, à le gratter de la plume pour y coucher des mots qui transcendent ; penchée sur un livre à décortiquer les phrases ou dévorée d'un frisson littéraire ; penchée sur sa version de latin ou sa dissertation qui la torturent jusqu'à la rendue de la copie souillée du rouge qui rature son coeur.


Ce qu'il voit, ce sont des cheveux. Pas des cheveux doux, pas des cheveux lisses, pas de jolis cheveux. Il voit des cheveux bleus. Il voit les cheveux d'une délinquante. Il voit les cheveux d'une junkie. Il veut les cheveux d'une athée. Il voit les cheveux d'une rebelle. Il voit les cheveux d'une incapable. Il voit les cheveux d'un parasite. Il voit les cheveux d'une bonne à rien.

Tu n'auras pas de travail. Tu cherches juste à te faire remarquer. C'est moche. Tu vas le regretter. Tu n'es pas acceptable. Ça ne te rend pas belle et tu dois être belle sinon tu rateras ta vie. Tu te crois originale. Tu vas être renvoyée de ton école. Tu n'es pas décente. Tu es une pouilleuse. Tu n'es pas respectable. C'est ridicule. Tu n'es pas correcte.


"Et vos profs, il vous acceptent comme ça en cours ?"


Alors la fille au cheveux bleus, elle a son coeur qui se met à l'envers, elle balbutie et s'enfuit, elle s'enferme et elle a peur, et on lui fait du mal gratuitement. Elle n'a plus le droit d'exister car elle n'a pas choisi les cheveux qu'il faut.


Alors la fille aux cheveux bleus, elle se calme et elle sourit. Elle se regarde dans la glace et dans son oeil brille un reflet bleu qui remet son coeur à l'endroit. Elle se cache derrière ses cheveux bleus et elle sait que quoi qu'il arrive ils sont là et qu'elle est belle et qu'elle est capable.


Quand elle sort dans la rue elle peut se dire "même pas peur, de toute façon je suis trop cool, j'ai des cheveux bleus".

Quand un enfant lui demande pourquoi elle a des cheveux bleus, elle sait qu'elle peut lui répondre qu'elle est une extraterrestre ou une fée et qu'elle est née comme ça, ou tout simplement que les cheveux bleus c'est rigolo.



Elle sait que l'enfant lui sourira gaiement sans jamais lui dire qu'elle n'aura pas de travail.