samedi 11 novembre 2017

Moi vs la neuroatypie, ou quelque chose dans ce goût là

Ça fait un moment que je songeais à relancer ce blog et je ne savais comment le faire. Alors j'ai tout effacé.


Aujourd'hui je voudrais parler de mon rapport aux "troubles psy". Commençons par définir ce que j'entends par ce terme vague et imprécis.

Imprécis, il l'est en fait à dessein. Je suis conscient de ne pas avoir le vocabulaire approprié pour parler de ce sujet. Si je veux parler de dépression, d'anxiété, de phobie sociale, d'autisme, de trouble du comportement alimentaire, et tout ça dans un même texte, que suis-je censé dire ? Trouble mentaux, émotionnels, psychologiques ; neuroatypie ? Qu'en sais-je ? Fichtre rien, ma foi.

Sur l'internet, il m'est arrivé plusieurs fois de tomber sur des témoignages de personnes qui parlent de leurs troubles. Il m'est arrivé plusieurs fois aussi de tomber sur des commentaires sur un spectre allant de la moquerie à la haine, considérant ces personnes comme des mythomanes. Ce sur quoi arrive invariablement une réponse disant "Mais qui aurait envie d'avoir un trouble pareil ? Personne. Cette personne ne ment donc pas." en substance. Je caricature un peu, je l'avoue.

Et moi, j'ai tendance à faire plutôt partie des personnes agacées par ces accusations de mythomanies. Je suis pour qu'on écoute les personnes différentes, surtout sur des sujets aussi difficiles, sans remettre en cause leur parole. J'ai envie de leur dire : "tu es légitime".

Pourtant, d'un autre côté, je conçois qu'on puisse faire semblant d'avoir un trouble, que ce soit pour attirer l'attention ou la pitié ou parce qu'on aime jouer la comédie ou toute autre raison. Je conçois aussi qu'on puisse souhaiter avoir un trouble, même si oui c'est absurde parce que ça rend la vie difficile, d'après ce que j'ai pu en voir.

Je le conçois parce que je l'ai moi-même souhaité souvent et il m'arrive encore de le souhaiter.

Malaise dans la foule.


À mes yeux, je suis la personne "entre deux". La personne qui a des problèmes dans sa tête qui la handicapent dans sa vie, mais ça n'est jamais assez fort ou assez conforme à quelque symptôme pour qu'on puisse caser ça dans un quelconque trouble.

Je ne suis pas phobique sociale, juste très timide.
Je ne suis pas autiste, juste obsessionnel, socialement inadapté et dérangé par le changement.
Je ne suis pas anorexique, j'aime juste ne pas manger et être maigre.
Je ne suis pas dépressif, juste perpétuellement mélancolique avec des périodes d'abattement.
Je ne suis pas anxieux, j'ai juste très peur d'un peu tout.

Je suis heureux d'être "juste" ça. Heureux que ça ne soit pas encore plus handicapant. Vraiment.

Pourtant il y a toujours une part de moi qui aimerait bien pouvoir se les approprier, tous ces mots. Avoir une excuse pour être comme je suis.

Forcément, quand on te dit "mais parle voyons, t'es pas autiste !!!" au moment exact où tu es en plein stress parce que tu es incapable de savoir la réponse que ton interlocuteur attend de toi, ça donne envie de l'être, autiste. Pour qu'on te donne ce droit de ne pas parler.

Je ne suis pas normal, je suis bizarre, voilà, c'est comme ça, j'ai l'habitude, ça ne me dérange plus. J'aimerais juste qu'on me donne le droit de l'être. À mes yeux c'est ce que représentent tous ces "troubles" : le droit d'être anormal, parce que c'est des troubles, des maladies, des handicaps, on n'est pas blâmable pour ça.


Je ne dis pas que c'est bien. J'ai conscience du caractère égoïste et totalement déplacé de telles pensées. Pourtant j'avais envie de les mettre par écrit, publiques, sur ce vaste internet. Parce que des fois c'est bien aussi des voir quelqu'un dire "oui parfois je suis stupide et égoïste", au milieu de tous les "je suis fort et pur". Parce que ce genre de pensées, si je les ai, quelqu'un d'autre les as eu. Ça existe. C'est naze, peut-être, mais ça existe.

On peut dire que c'était une sorte d'exorcisme.


Sur ce au revoir.